30.07.2009

A propos de la taxe carbone, réponses aux mails reçus.

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Depuis la publication de l’article de ATTAC sur mon blog, j’ai reçu pas mal de mails (ce qui arrive assez souvent en fait) de personnes désirant m’expliquer en quoi je n’étais pas un écologiste (une sorte d’excommunication) et en quoi je ne comprenais pas la stratégie de Cohn Bendit et d’Europe Ecologie face à Sarkozy (alors que je n’en parlais nullement sur ce blog).

Commençons déjà par répondre à ces deux points. La stratégie de Cohn Bendit, je la comprends bien, contrairement à ce que ces écrivains acerbes de mail à la limite de l’insulte pensent.

C’est la technique du consensus démocratique apaisé. Ce n’est pas plus, pas moins que ce qu’il prône depuis des années. Et rien de plus que la sociale démocratie appliquée à l’écologie. On peut dialoguer avec tout le monde (certes pourquoi pas) et proposer des choses qui entraînent l’autre vers nos positions (là c’est plus discutable). Seulement, je le redis ici, la démocratie ne souffre pas d’avoir un qualificatif. Elle n’est pas plus apaisée qu’autre chose. Par contre elle est souvent trahie. En cette période de politique Sarkoziste dure et fascisante, il est ubuesque de penser que nous sommes « apaisés » en quoique ce soit. Mais comme l'a dit Cohn Bendit il faut, pour lui, recentrer l'écologie politique sur la question écologique, en particulier sur l'urgence climatique (Discours de Saint Ouen, Ecology Day). Donc... amputer l'écologie politique... La transformer en environnementalisme du type associatif.

La stratégie d’Europe Ecologie aussi est connue. C’est la raison qui m’avait fait retirer ma signature, une des raisons plutôt. C’est celle de tout accepter au nom de l’urgence. Ainsi, on accepte n’importe quelle avancée, d’où qu’elle vienne, et même si elle est accompagnée d’un rejet d’une part de social (cela colle avec le "recentrage" évoqué au dessus). Ce n’est pas la vision que j’ai des Verts, entendons nous bien, mais bien d’Europe Ecologie, surtout de sa part société civile, que j’expose là. Cela s’est déjà fait sentir lors du vote pour la présidence du parlement européen… Mais la justification qu’on m’a la plus faite (et écrite au moins quinze fois dans les mails reçus) c’est le « pragmatisme ». Il faudrait donc accepter CETTE vision de la taxe carbone, même si elle n’est pas socialement correcte. Et la justification est que « quand Europe Ecologie sera au pouvoir, on pourra l’améliorer ». Vaste vision optimiste de l’avenir… ou coup de poker énorme !

Mais au-delà de ça, ce n’est pas tant la taxe carbone, outil qui peut être vu comme un moyen de régulation, qui pose problème. Depuis tout temps les Verts et la plupart des écologistes portent l’idée d’une taxe qui permettrait de réguler l’utilisation des ressources. Personnellement, je ne suis pas certain de l’impact réel d’une telle taxe. Je lui préfère la norme établie par une contrainte de type amende lourde couplée à une politique de rationnement.

Ce qui pose réellement problème c’est cette vision de la taxe carbone. Dans un bel élan très droitier, le seul objectif de cette taxe est de redistribuer la valeur ajoutée fournie par les plus pauvres vers les riches. En créant une taxe carbone pour simplement combler le cadeau fait aux entreprises de supprimer la taxe professionnelle en partie, c’est bien un transfert auquel nous assistons.

De plus, en excluant l'électruicité (majoritairement nucléaire) c'est un cadeau à ce secteur : retour du chauffage électrique en vue au nom des économies pour les habitants...

L’objectif de la droite (car oui la pertinence d’analyse gauche droite est toujours d'actualité, même si certains cherchent à nous faire croire le contraire) est bien de dédouaner encore et toujours les plus riches pour faire peser plus sur les plus pauvres. Une transformation de la société pour créer des castes.

Face à cela, quand une personne sensée être progressiste et antiproductiviste, se présente pour dire au président qui incarne une droite décomplexée et conquérante, que l’idée prônée là est « révolutionnaire » et qu’il ne faut « pas qu’il lâche », cela revient à dire que CETTE vision de la taxe carbone est la bonne ! C’est pourtant ce qu’a fait Cohn Bendit dans son envie affolante de donner vite un avis sur la taxe en question (qui est renommée de façon perfide taxe climat énergie, ce qui dédouane les industries lourdes de leurs dû…).

Car faire, comme il a pu le faire, des annonces sur ce qu’on attend de la taxe ne pose pas de problème, mais c’est la partie satisfecit à Sarkozy qui en pose. C’est cette image de « ni ni » écologiste qui revient en force, et qui pose de cruelles interrogations pour l'avenir. Donner l’impression que Europe Ecologie (via la voix de son plus emblématique élu) approuve la taxe telle que, proposée par un exécutif droitier et violent envers les plus pauvres, semble ne pas déranger plus que cela.

J’entends bien ceux qui me disent que non, dans l’article et dans les interviews, le propos était plus nuancés, les propositions faites. Mais au final, cela donne une désagréable impression. Celle de dire « ce n’est pas ce que nous voulons » mais faute de grives, mangeons des merles.

Cette technique, qui est un peu comme pour le Grenelle de l’environnement, sonne comme une sorte de méthode Coué pour se dire que cela avance. Elle n’apporte pas de lettre de noblesse à l’écologie politique. Elle en apporte par contre à la vision environnementaliste et capitaliste vert.

L’écologie politique porte dans son génome (pour faire une peu de science OGM) le lien indéboulonnable entre la transformation inévitable de la société pour la rendre viable et la justice sociale. Lorsque l’on déconnecte l’un de l’autre, comme c’est le cas avec la taxe présentée aujourd’hui, il ne peut que se produire un phénomène redouté par la plupart des penseurs de l’écologie politique : un rejet des citoyens selon le principe que l’écologie c’est plus de difficultés pour les pauvres.

En prônant une avancée à minima, entraînant de fait une paupérisation accrue des plus pauvres, via une taxe carbone dénaturée, la droite sait exactement où elle met les pieds. C’est bien vers une écologie punitive, permettant, comme dans le social, de montrer du doigt les plus démunis et de trouver un ennemi, qu’elle va.

Le problème vient quand, face à cela, au nom d’une urgence réelle mais qui ne doit pas tout justifier, ceux qui devraient porter l’idée inverse se retrouvent à exiger que la taxe se fasse, coûte que coûte. Même au détriment d’un des piliers de l’écologie politique, en sombrant donc dans un capitalisme vert et un environnementalisme malsain.

C’est bien ce que soulève aujourd’hui cette taxe carbone, dénaturée sciemment et détournée de son but premier (qui est, rappelons le, la sortie du productivisme et la relocalisation de la société).

Nous ne devons pas, au nom d’une urgence certes palpable et réelle, abandonner nos idées, nos bases et surtout laisser à ceux qui nous sont le plus éloignés le soin de détruire ce que l’écologie politique à mis des années à construire : une idée juste et humaniste.

Trackbacks

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Commentaires

Rectificatif :

Je soutien la taxe carbone révolutionnaire comme Dany, avec les nuances qu'il a données dans son interview. Si on agit pas avec la fiscalité, les prix de l'énergie vont flamber. Et qui va être la première victime ? Les personnes avec des revenus modestes. Et l'on sait que si on ne fait rien cela va impacter le pouvoir d'achat. Il est absolument nécessaire de lisser la hausse du prix de l'énergie. C'est l'anticipation qui est nécessaire pour justement être progressiste. Mais bien sûr nous saurons êtres fermes pour dénoncer Sarkozy si des mesures d'accompagnement afin de développer des alternatives aux énergies polluantes et pour aider les plus modestes n'étaient pas prises. Mais comme l'a dit Daniel, il ne faut pas que sarko lache sur la taxation des industriels. D'ailleurs il est consternant de voir le NPA contre, LE PS frileux tout comme Christine Lagarde même si ce n'est évidemment pas pour les mêmes raison. Mais je vous renvoie au début de ma réaction où tout est dit.

Europe Ecologie est progressiste et pour la justice sociale. Aucun écologiste selon moi ne devrait en douter. Mais bon, je sais qu'on ne fera jamais l'unanimité. Et c'est bien dommage parce que cela renforce nos opposants.

Ecrit par : Andrieux Gaëtan | 31.07.2009

Je crois que c'est un des messages les plus drôle qu'on a laissé sur mon blog depuis bien longtemps !

La fin déjà : "Mais bon, je sais qu'on ne fera jamais l'unanimité. Et c'est bien dommage parce que cela renforce nos opposants."

Ca c'est un sophisme ou je ne m'y connais pas :)

Ensuite, tu mélanges tout : la fiscalité ne permet pas de lissé mais de redistribuer ! C'est la redistribution qui aidera les plus pauvres, pas la fiscalité !

De plus, la fiscalité ne peut en aucun cas éviter une flambée des prix ! Ou alors, explique nous par quel miracle, sur le pétrole par exemple (vu qu'il va venir à manquer)

Là aussi, joli sophisme ...

Bref .....

Ecrit par : Chezfab | 31.07.2009

A mon tour : rectificatif ! :)

Le NPA n'est pas contre la taxe carbone, mais contre CETTE taxe carbone :

Lire ici : http://www.npa2009.org/content/taxe-carbone%C2%A0-socialement-injuste-et-%C3%A9cologiquement-inefficace%C2%A0

Pour le PS, ben c'est le PS quoi... :)

Et si tout est dit au début de ta réaction, c'est que le slogan te sert de pensée, et là c'est assez inquiétant ...

Ecrit par : Chezfab | 31.07.2009

complètement d'accord avec toi

( et complètement Verte ...bien sur)

Ecrit par : Bérénice Vincent | 31.07.2009

Merci Bérénice. Et il est clair que je ne douterais jamais de ta vertitude :) (oulà je me ségolénise ....) :)

Ecrit par : Chezfab | 31.07.2009

Tout est dit, non dans le slogan mais dans le fond du sujet.

Le pétrole va devenir très cher. Il faut le taxer progressivement pour que la rentabilité des alternatives fasse jour. Par exemple au lieu d'investir dans une chaudière à fioul, les particuliers investirons dans une chaudière à bois, etc...
La majeur parti des gens n'est pas pauvre en France et c'est pour faire évoluer leur habitude de consommation qu'il faut une progressivité de la taxe Carbone.

La redistribution est nécessaire pour ceux qui sont touché par la crise, pour qu'il n'ai pas de double peine. On est d'accord et ni moi mais surtout pas les membre d'Europe Ecologie sommes obligé de le prouver. Oui il y a des gens qui sur le plan de l'économie ne pensent pas comme toi Florent et pourtant nous sommes des Verts et nous sommes à EE.
On peut débattre en interne, mais pas se battre devant tout le monde comme tu le fait. Tu cherches à nuire à Daniel Cohn-Bendit.
C'est contreproductif pour l'écologie politique.
De plus tu n'as pas de chiffres pour prouver que la taxe carbone de rocard aura plus d'effets négatifs que positif sur le pouvoir d'achat des moins aisés.
Mais nous sommes d'accord sur le chèque vert, il en faut un.
Quand au fait que la taxe est révolutionnaire, je le maintient et je crois que Daniel aussi.

Et je te prie d'être moins insultant à l'avenir.

Ecrit par : Andrieux Gaëtan | 31.07.2009

Frédéric Inizan a également commenté un lien de Fabien Mallet :

« L'intro est assez bien vue:"Depuis la publication de l’article de ATTAC sur mon blog, j’ai reçu pas mal de mails (ce qui arrive assez souvent en fait) de personnes désirant m’expliquer en quoi je n’étais pas un écologiste (une sorte d’excommunication) et en quoi je ne comprenais pas la stratégie de Cohn Bendit et d’Europe Ecologie face à Sarkozy (alors que je n’en parlais nullement sur ce blog)."; et le dévelloppement confirme que tu es un socialiste (au sens large) qui voit le combat écologique comme une forme spécifique des luttes sociales. Ce qui est tout à fait respectable en soi mais révèle une incompréhension de l'écologie politique comme mouvement politique et philosophique autonome. »

Ecrit par : Inizan Frédéric | 31.07.2009

Excuse moi de t'avoir appelé Florent, car tu t'appelle Fabien.
Pardon

Ecrit par : Andrieux Gaëtan | 31.07.2009

@ Inizan Frédéric : là c'est assez marrant. Je ne suis pas un socialiste au sens large mais bien un écologiste objecteur de croissace. Et c'est bien parce que je vois l'écologie politique comme un mouvement philosophique et politique autonome que j'ai un mal fou à comprendre que l'on puisse le voir comme un simple principe de base adaptable avec n'importe quelle politique (de droite à gauche). C'est bien là le problème.
Après oui, je suis dans la ligne de Gorz : pour moi l'écologie politique est une forme non de lutte sociale, mais de lutte pour une transformation de société. Donc une lutte, oui. D'ailleurs, comment imaginer un instant que l'écologie politique reposerait sur le seul socle de l'environnementalisme ? Illusoire non ?

Illich aussi le disait très bien : l'écologie politique ne peut se concevoir sans une globalité de vision du monde, du social et de l'autonomie. C'est là aussi un crédo que je pense plutôt intéressant à explorer.

Alors, avec cela, je ne vois pas trop lequel de nous voit réellement l'écologie politique comme autonome : celui qui pense qu'elle doit manger à tous les râteliers pour obtenir de micro avancées ou celui qui pense qu'elle se suffit à elle même pour émanciper l'humanité ? Le débat n'est pas tranché, mais il démontre qu'il n'y a pas une écologie politique, mais des écologies politique.

@ Gaëtan : ce qu'il y a de bien, c'est que tu me trouves insultant... Je ne l'ai pas été. Taquin certes, provocateur aussi. Mais pas insultant.

Ensuite, je lis bien tes arguments, le problème c'est, encore une fois, la contradiction entre ceux ci et la taxe carbone version Sarkozy.

Je n'ai pas de chiffres ? Peut être, mais j'ai quand même la politique menée depuis des années par l'UMP pour comprendre où elle va. N'as tu pas remarqué qu'en 8 ans la part de redistribution vers le capital au détriment des salariés a augmenté de plus de 9 % ? N'as tu pas remarqué que l'imposition s'est déplacée vers les ménages, surtout les plus pauvres ? N'as tu pas remarqué que la santé est mise à mal ainsi que l'éducation ? Que te faut il de plus pour comprendre que ce gouvernement ne peut aller dans le sens d'une plus grande équité (je ne parle même pas d'égalité) ?

C'est sur que sur le papier l'idée d'une taxe carbone est une idée respectable, je l'ai dit. Mais cette taxe carbone là, qui va venir combler la part de cadeau sur la taxe professionnelle (dixit Woert ce matin) n'est pas un outil correct de régulation, et encore moins de justice sociale.

Quand à débattre en interne, ne t'inquiète pas je le fais. Par contre, tu ne peux pas m'interdire de dire ce que je pense ici. Je ne suis pas signataire d'Europe Ecologie, et alors ? J'ai le droit de dire ce que je pense de tel ou tel aspect d'une campagne ou d'une idée. Je le fais même concernant mon syndicat ou les Verts. La liberté d'expression est pour moi la première des vertus de la démocratie.

Et pour tout te dire, la dernière fois qu'on m'a parlé comme tu le fais (en disant une énormité au passage sur l'écologie politique à laquelle je ferais du mal, comme si l'écologie politique était une et figée...) c'était il y a quelques années, et ça venait de gens auxquels tu dis ne pas ressembler (autrement dit quelques staliniens).

Ecrit par : Chezfab | 31.07.2009

Bonjour,
Je me garderai d'apporter mon grain de sel à cette discussion néanmoins passionnante histoire de dire simplement que certains devraient justifier leurs propos par des citations, avec des guillemets, avant de prendre un ton péremptoire limite condescendant à l'encontre des autres en les accusant d'être "insultants".
Ca enlèverait un petit peu du côté grotesque à certains de vos propos.

Ecrit par : Moi | 31.07.2009

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