05.12.2007
Sarkozy légitime le mot "islamophobie", par Caroline Fourest (c) Prochoix
En un mot, Nicolas Sarkozy a ruiné tous les efforts des associations antiracistes féministes et laïques luttant contre la confessionnalisation des identités et du débat public.
Le 29 novembre dernier, lors de son intervention télévisée, il réagissait aux propos antisémites du ministre algérien des anciens combattants en expliquant qu'il était résolu à combattre l'"antisémitisme et l'islamophobie". Il vient de récidiver lors de son séjour en Algérie.
L'utilisation de mot — contre laquelle Fiammetta Venner et moi-même n'avons cessé de mettre en garde depuis 2003 — est grave. Par sa portée anti-laïque, le mot "islamophobie" assimile la critique de la religion et de l'idéologie islamique à du racisme envers les musulmans. En vertu de quoi, il est utilisé par les associations intégristes pour faire taire tout esprit libre, à commencer par les musulmans laïques — souvent traités d'"islamophobes" par ces intégristes.
En donnant une aura présidentielle à ce mot pensé par les intégristes pour faire passer le blasphème pour du racisme, Nicolas Sarkozy trahit la lettre de soutien qu'il avait adressée à Charlie Hebdo lors du procès des caricatures intenté par des organisations comme l'UOIF — qui prétendait confondre la publication de caricatures avec du racisme "islamophobe".
Inconscience ? En réalité, l'utilisation de ce mot s'inscrit très logiquement dans l'approche communautariste et complaisante envers l'intégrisme qui a toujours guidé l'action de Nicolas Sarkozy au ministère de l'intérieur. Il a toujours été persuadé qu'il fallait être dur avec les délinquants et les immigrés mais tendre avec les communautés religieuses pour équilibrer. D'où la place de choix accordée à l'UOIF au sein de l'Islam de France.
Mais cela correspond aussi à sa vision religieuse des identités. On se souvient qu'il avait nommé un préfet en le désignant comme "musulman" (il avait même déclaré : "être musulman cela se voit sur la figure). Certains pensaient que son accession au poste suprême freinerait cette dérive. C'est faux. Elle ne fait qu'empirer.
Caroline Fourest
mardi 4 décembre 2007
Pourquoi il ne faut plus utiliser le mot « islamophobie »
Le succès du mot « islamophobie » tient à plusieurs facteurs.
1- La gauche antiraciste s’inquiète à raison des amalgames possibles (Arabe = musulman = intégriste = terroriste) au lendemain du 11 septembre. Or le mot est plus court que « racisme anti-musulman », pourtant plus juste. L’expression « racisme anti-musulman », elle, vise bien la phobie envers les individus (Les musulmans), tandis que l’ « l’islamophobie » désigne la phobie envers la religion (l’Islam). Car l’islamophobie n’est pas la « musulmanophobie ».
2- Le mot « islamophobie » fait écho au mot « homophobie ». Mais cet écho est trompeur. Autant, il est légitime de condamner sans réflechir un propos phobique envers des homosexuels ou l’homosexualité, c’est-à-dire un comportement témoignant d’une haine envers des individus pour ce qu’ils sont… Autant, la phobie envers une idée, une idéologie ou une religion doit impérativement continuer à faire partie de la liberté d’expression. Sans quoi le débat se résumerait à traiter de «mondialisophobe », « communistophobe » ou de « christianophobe » toute personne en désaccord avec la mondialisation, le communisme ou le christianisme !
Dans tous les cas, il vaut mieux s’abstenir d’utiliser le mot « islamophobie » et lui préférer le mot de racisme, au besoin de racisme anti-musulmans, si on le sentiment d’avoir affaire à une phobie spécifique envers les Musulmans et non envers les Arabes ou envers les religieux dans leur ensemble.
Extrait de "Charlie Blasphème", un Hors-série de Charlie Hebdo rédigé par Caroline Fourest et Fiammetta Venner
15:10 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : actualité, politique, sarkozy, les verts, islam



Commentaires
et si l'on parlait tout simplement "d'antisémitisme" et de racisme. Je ne comprends pas trop pourquoi "racisme anti-musulman" viserait plus les individus que la religion? le racisme s'attaque au faciès des gens, et un blond ne va pas etre considéré comme musulman, même s'il l'est!
Ecrit par : jlb | 07.12.2007
Pas tout compris à ton commentaire.... :)
Ecrit par : Chezfab | 07.12.2007
Personnellement j'avais lu cet article sur Prochoix, mais j'avoue que même après une relecture, je ne comprend toujours pas.
Il est clair que Sarkosy joue sur les mots, mais après je me perd vite avec tout ces termes...
Mais jusque là je n'avais jamais entendu racisme anti-musulman ou autre...
Je dois dire d'ailleurs que je ne comprend pas le rapport entre le racisme et une religion?
On va recouper une race avec une religion?
Vous avez l'air "arabe" alors vous êtes musulman?
Vous avez l'air "blanc" alors vous êtes catholique?
Il y a une différence a faire tout de même entre race et religion. On n'est pas raciste lorsqu'on ne tolère pas une religion.
Sinon comment font ceux qui n'en tolère aucune, c'est à dire les anti-religieux?
On va les accuser de racisme anti-religieux?
Là, je dois dire que je comprend mal tout cela.. j'essaye de comprendre...
Ecrit par : Vincent | 08.12.2007
Justement Vincent ,c'est ce don parle l'article ! une religion n'est pas une race. Et quand on parle de terme de racisme anti musulman, c'est en dernier recours. Genre on ne sait pa s'exprimer autrement...
En fait l'article va exactement dans ton sens :)
Ecrit par : Chezfab | 08.12.2007
Ah d'accord.. bon alors tant mieux!
Ecrit par : Vincent | 08.12.2007
Il y a racisme lorsqu'il y a essentialisation.
Lorsque le locuteur raciste attribue à une origine construite des caractéristiques.
Par exemple lorsque Oriana Fallaci dit "les musulmans se reproduisent comme des rats" c'est raciste. Lorsque Houellebecq dit le coran est un livre nul c'est islamophobe mais pas raciste.
En disant qu'il lutte contre l(islamophobie et le racisme, Sarkozy explique que l'antisémitisme est l'exclusion des juifs en tant que religieux mais en tant que categorie racisée
Ecrit par : sd | 15.12.2007
Il y a racisme lorsqu'il y a essentialisation.
Lorsque le locuteur raciste attribue à une origine construite des caractéristiques.
Par exemple lorsque Oriana Fallaci dit "les musulmans se reproduisent comme des rats" c'est raciste. Lorsque Houellebecq dit le coran est un livre nul c'est islamophobe mais pas raciste.
En disant qu'il lutte contre l(islamophobie et le racisme, Sarkozy explique que l'antisémitisme est l'exclusion des juifs en tant que religieux mais en tant que categorie racisée
Ecrit par : sd | 15.12.2007
sd dit "En disant qu'il lutte contre l(islamophobie et le racisme, Sarkozy explique que l'antisémitisme est l'exclusion des juifs en tant que religieux mais en tant que categorie racisée"
Là, je ne comprends pas ce que ça veut dire.
Ecrit par : Jean Philippe | 15.12.2007
Ces distinctions byzantines, souvent guidées par le souci du "politiquement correct", sont un terrain particulièrement glissant.
"Racisme" et "discrimination" me semblent deux mots amplement suffisants pour nommer les phénomènes qui nous préoccupent.
Ecrit par : Joëlle | 15.12.2007
@ SD : oui, justement les deux mots n'ont pas du tout la même construction et la même signification, d'où le besoin urgent de les séparé pour éviter le politiquement correct destructeur et stigmatisant.
Ecrit par : Chezfab | 15.12.2007
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